Natural / Digital

 

Cette nouvelle exposition « Immersions Digitales«  présente un panorama d’œuvres numériques autour du thème de la nature. Les artistes présentés dans l’Happen Space, français et internationaux, utilisent les technologies pour créer des jardins artificiels, des murs de feuilles intelligentes et des plantes musicales.

Ils relient des forêts à des valeurs boursières, et nous font écouter le relief de la planète bleue sur un disque 33 tours. Ils inventent de nouvelles façons d’arpenter le monde en utilisant Google Earth pour photographier des paysages virtuels imaginaires. Les designers filtrent l’air par des plantes dépolluantes sur la base de recherches effectuées en milieu spatial pour améliorer notre espace privé, et produisent des mobiliers urbains reliés à des éoliennes ou à des panneaux photovoltaïques pour qu’il fasse plus chaud en hiver et plus froid en été dans nos villes devenues créatives. Certains artistes mélangent leur propre ADN à celui des fleurs et d’autres arrivent même à faire tomber la pluie !

Il n’y a plus de frontière entre réel et virtuel. Le vivant et le numérique sont intimement liés. L’expérience est poétique, interactive, immersive. Art vidéo, photographies numériques, paysages interactifs, installations sonores, sculptures 3D, design, intelligence artificielle, bio-art, art des flux en temps réel… Cette programmation est un aperçu de la diversité et de la richesse de la création contemporaine.

Nous avons choisi ces œuvres pour vous donner envie de poursuivre la découverte de l’art numérique. La Journée Mondiale de l’Environnement est l’occasion de rappeler que ces artistes questionnent aussi notre rapport à la nature et au numérique. Pour le philosophe Bruno Latour, c’est déjà un cliché de dire que la « nature » n’existe pas (1).

Le concept de nature est toujours lié à notre interdépendance à l’environnement dans laquelle les acteurs, à la fois « naturels » et « technologiques », jouent un rôle déterminant. Le philosophe américain David Rottenberg affirme également que la technologie peut être un moyen de nous rapprocher de la nature (2).

Les artistes sont, par leurs pratiques, conscients de la consommation énergétique liée à nos usages des technologies, de l’empreinte carbone de nos vies numériques. Les datacenters qui stockent nos données émettent 80 millions de tonnes équivalent CO2 par an, 340 dans vingt ans ! Là encore les artistes, activistes du réseau, pionniers de la cyberculture et du libre, designers, « bricodeurs »… construisent un réseau d’alternatives, prônent le « do it yourself » comme une autre façon d’être au monde. Certains d’entre eux testent même des imprimantes 3D dans le désert, fonctionnant à l’énergie solaire avec du sable comme matière première (3).

Nous espérons que vous poursuivrez cette exploration à la rencontre des artistes du réseau, que vous irez jardiner avec eux dans l’espace public (4), qu’ils vous donneront envie de cultiver les données, d’alimenter les OpenStreetMap et Green Map en participant à l’Open Data, ce mouvement international d’ouverture des bases de données, porteur d’espoirs pour l’environnement.

La créativité technologique peut être au service de la sauvegarde de la planète, et chacun peut devenir acteur de ces idées qui vont rendre le monde plus durable.

Anne-Cécile Worms, Digital Art International CEO &

Julie Miguirditchian, commissaire de l’exposition

 

(1) Bruno Latour, Politiques de la nature. Comment faire entrer les sciences en démocratie (éditions La Découverte, 2004).

(2) Wired 3.10, New York, octobre 1995

www.wired.com/wired/archive/3.10/rothenberg.if.html

(3) Solar Sinter Project, 2011. Infos: www.markuskayser.com

(4) Refarm the city (www.refarmthecity.org) et Urban farm (www.urbanfarm.org).